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Pommes de terre
Synerpom, nouveau trait d'union entre producteurs de pommes de terre et industriels

Après une campagne 2025 difficile puis un été 2026 éprouvant pour les cultures, un groupe de producteurs de pommes de terre de la Somme et du Pas-de-Calais lance Synerpom. Explications sur le rôle de ce GIE avec Benoît Bougler, l’un de ses fondateurs.

En ce début de campagne, pourquoi créer un nouvel opérateur en pommes de terre ?

Synerpom naît à la charnière de deux campagnes agricoles aux antipodes : la saison 2025, marquée par une surproduction aux volumes bien au-dessus des besoins de la filière, des contrats respectés avec les industriels mais bafoués par certains négociants, et des signatures arrachées sous les coûts de production ; puis l'été 2026, l'un des plus chauds de notre histoire. Les vagues de chaleur successives nous rappellent que la pomme de terre demeure une culture exigeante, dont l'avenir face au stress thermique dépend d'une adaptation rigoureuse et de l'irrigation comme première assurance récolte. C’est précisément au cœur de ces extrêmes que nous avons fait le choix de nous structurer. Notre objectif est de proposer un nouveau trait d’union pérenne entre le producteur et l’industriel.

Quelle est la forme de ce regroupement ? S’agit-il d’une coopérative, d’un négoce, d’un syndicat ?

Synerpom est avant tout un Groupement d’Intérêt Économique, regroupant des producteurs du Pas-de-Calais et de la Somme résolus à défendre leurs intérêts économiques. Nous sommes 100 % axés sur le commerce et nous empruntons à la forme coopérative sa capacité à porter le crédit campagne pour financer l’acquisition groupée des plants. Nous fédérons nos productions de pommes de terre dont nous  privilégierons la vente en contrats tripartites pluriannuels — idéalement sur trois ans — pour les variétés de transformation. Le producteur y reste pleinement propriétaire de ses pommes de terre, tandis que l’industriel client sécurise la régularité de son approvisionnement. Voilà tout le sens de notre démarche de trait d’union.

À qui s’adresse Synerpom ? Quels sont les prérequis pour y adhérer ?

La prise de conscience parmi les fondateurs est unanime : face à des acheteurs fortement structurés, l’isolement ne permet plus de faire le poids. La stabilité financière de nos exploitations passe impérativement par une contractualisation en adéquation avec nos coûts de production, intégrant la juste rémunération des risques pris.

Certains rappellent à juste titre que la pomme de terre relève d'un marché libre régi par l'offre et la demande. Chez Synerpom, nous sommes convaincus que les réalités climatiques exigent une relation rééquilibrée avec nos clients. Nous devons tout mettre en œuvre pour garantir la qualité attendue par l'industriel : que peut faire un transformateur de frites avec des Fontane calibrées en 40/55 ou affichant un taux de matière sèche de 30 % ? De même, quel sens a un contrat déconnecté des coûts de production quand le rendement en irrigué subit un retrait de 20 % ?

L'agriculteur et l'industriel qui dureront sont ceux qui travailleront en synergie. L'opportunisme conjoncturel ne dure pas ; il engendre des excès et des comportements inadaptés de part et d'autre. Synerpom structure ainsi un réseau de producteurs engagés. Un technicien dédié coordonne le plan de production en phase avec les plannings de commercialisation, définissant avec chaque adhérent les variétés adaptées à ses types de sols, ses ressources en eau et ses capacités de stockage. Sous réserve de respecter notre charte (maîtrise de l’irrigation, du stockage et partage de valeurs communes), tout producteur de pommes de terre de transformation peut adhérer à Synerpom.

Quel regard porte Synerpom sur les contrats de la campagne passée signés avec des prix se situant sous les coûts de production ?

Synerpom aborde cette nouvelle dynamique sans passif contractuel. Notre mission est d'instaurer de nouvelles bases relationnelles fondées sur la capacité réelle à honorer les volumes et les exigences qualitatives.

Pour l’avenir, nous portons un modèle de contrat équilibré, mieux préparé aux accidents climatiques. Nous encourageons la souplesse tarifaire via des mécanismes de tunnels de prix et prônons l'intégration systématique de clauses d'indexation sur les coûts énergétiques, conformes au droit public commercial. Sans prétendre à la perfection, notre expérience vise à établir des partenariats justes et équitables.

Avec quels partenaires industriels Synerpom envisage-t-il de collaborer ?

En tant que producteurs de pommes de terre destinées à la transformation, nous nous tournons naturellement vers les unités de transformation françaises ainsi que vers les acteurs implantés dans les bassins limitrophes au nord et au sud de la France.

Évidemment, aucun partenariat ne sera forcé : nous proposons une vision à trois ans, durable et équilibrée. Nous ne pourrons collaborer avec des opérateurs privilégiant l'opportunisme annuel au détriment d'une vision à long terme. Les premiers contacts confirment qu'une prise de conscience est à l'œuvre pour lisser les effets des années extrêmes. D’ici la fin du mois de novembre, nous finaliserons ces partenariats afin de sécuriser dès décembre les achats groupés de plants et les engagements de vente.

Comment Synerpom accompagne-t-il la stratégie variétale et le financement ?

Sélectionner les variétés adaptées aux procédés industriels dans le cadre d’une contractualisation solide est indispensable. Reprendre la main sur le choix variétal relève du bon sens : qui mieux qu’un producteur connaît les aptitudes de son terroir face au stress thermique et hydrique ?

Il s'agit d'orienter chaque parcelle vers des variétés à la fois moins gourmandes en intrants et dotées d'excellentes aptitudes technologiques. En lien avec les obtenteurs et les multiplicateurs de plants, Synerpom entend accompagner la transition variétale sur plusieurs années pour garantir la sécurité d'approvisionnement des industriels.

Enfin, après deux exercices éprouvants pour les trésoreries des exploitations, Synerpom négocie actuellement avec des partenaires bancaires la mise en place d'un crédit de campagne destiné à l'achat des plants. Offrir au producteur un contrat durable constitue, pour les banques, la meilleure garantie de financement.

Quelle relation avez-vous avec les autres opérateurs et avec l’interprofession ?

Synerpom est un agrégateur de production. À ce titre, nous travaillons déjà avec certains opérateurs négociants et coopératives à des contrats de commissionnement pour servir certains marchés d’export. Nous défendons une nouvelle relation entre le   producteur et son client. Nous porterons des positions de défense sur la gestion de la ressource en eau nécessaire à la fourniture de productions. Nous porterons des positions sur des actions en faveur de la défense d’une agriculture durable et respectueuse de son milieu. L’interprofession doit redoubler d’efforts pour mieux répondre aux changements structurels en cours à tous les niveaux. Synerpom n’a pas de mission syndicale ou politique, certains de nos premiers producteurs fondateurs sont déjà très impliqués dans la défense de notre filière.

Même si vous êtes portés par l’optimisme lié à la création du GIE Synerpom, comment voyez-vous son avenir dans cinq ans ?

À très court terme, nous recrutons des producteurs professionnels en Hauts-de-France qui partagent les valeurs qui ont fait naître Synerpom. À cinq ans, Synerpom se sera structuré. On sait que les choses ne se passent jamais comme prévu, donc la première réponse est de dire que nous resterons en adaptation permanente au contexte général, que notre avenir sera celui de nos clients, dans un partage de la valeur. Avec des industriels et des producteurs prospères, alors nous nous inscrirons en développement. Les producteurs qui auront compris que leur intérêt est respecté nous rejoindront et l’industriel qui saura que nous veillons à lui apporter au juste prix la qualité requise pourra se battre sur un marché mondial qui semble se replier sur des productions locales. Synerpom n’a pour mission que d’être en synergie entre industriels et producteurs.

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