Aller au contenu principal

Viande bovine : un bras de fer pour profiter du redémarrage

D’après l’interprofession Interbev, les abattages et la consommation repartent, mais les prix à la production restent en retrait. D’où l’appel de la Fédération nationale bovine (FNB) à retenir leurs animaux pour obtenir de meilleurs prix.

Le 15 avril, la Fédération nationale bovine (FNB) appelait les éleveurs «à retenir, au maximum, leurs animaux en ferme». Un bras de fer qui vise à faire aboutir sa demande, formulée le 29 mars, d’instaurer «un prix minimum payé aux éleveurs à hauteur de notre coût de production» pendant l’état d’urgence sanitaire.
Le 15 avril, la Fédération nationale bovine (FNB) appelait les éleveurs «à retenir, au maximum, leurs animaux en ferme». Un bras de fer qui vise à faire aboutir sa demande, formulée le 29 mars, d’instaurer «un prix minimum payé aux éleveurs à hauteur de notre coût de production» pendant l’état d’urgence sanitaire.
© Sophie Bourgeois

Vers un retour à la normale en viande bovine ? Après plusieurs semaines chahutées, «on retrouve l’équilibre en termes d’abattage et de consommation», assurait Guy Hermouet, président de la section bovine d’Interbev, l’interprofession bétail et viandes, le 16 avril. «On observe une reprise des abattages en semaine 15, au niveau d’une année normale. Ils ont augmenté de 12 % en jeunes bovins allaitants et de 8 % en jeunes bovins laitiers, après un repli global de 7 % entre les semaines 11 et 15 » Un constat partagé, selon cet éleveur vendéen, par tous les membres du bureau d’Interbev lors d’une réunion le 14 avril.
Autre signe encourageant : «Les distributeurs et les entreprises nous disent que la consommation évolue en mode estival et se tourne vers les pièces à griller», relève Guy Hermouet. De quoi améliorer l’équilibre carcasse, pénalisé depuis le début du confinement par l’envolée des ventes de steak haché. «La consommation de viande bovine par les ménages répond bien, elle fait partie des produits qui s’en sortent le mieux, résume-t-il, tout en appelant à la prudence».

Les ventes de steak haché ont flambé de 33 %
Car malgré cette embellie, «le prix à la production n’y est pas», regrette le responsable d’Interbev, avec «une baisse de 2 % par rapport à 2019». Une situation dénoncée par la Fédération nationale bovine (FNB). Le 15 avril, l’organisation appelait les éleveurs «à retenir, au maximum, leurs animaux en ferme». Un bras de fer qui vise à faire aboutir sa demande, formulée le 29 mars, d’instaurer «un prix minimum payé aux éleveurs à hauteur de notre coût de production» pendant l’état d’urgence sanitaire. La FNB demandait alors – comme avant la crise du Covid-19 – une revalorisation de 1€/kg, soit «une hausse théorique du prix consommateur de 15 centimes par steak». Sa requête n’a reçu aucune réponse de la part des pouvoirs publics, regrette le syndicat, qui dénonce aussi «l’attitude irresponsable des acteurs de l’aval de sa filière».
«On nous dit que comme on vend plus de steak haché, il y a un déséquilibre», explique Guy Hermouet, par ailleurs ancien responsable national de la FNB. D’après lui, le panéliste IRI aurait constaté une flambée des ventes de viande hachée et de produits élaborés de 33 % entre la semaine 11 et la semaine 14 (avec une pointe de + 75 % pour les surgelés). Dans le même temps, la viande piécée aurait progressé de «seulement» 14 %.

Polémique sur le niveau des stocks sur pied
Un travail est en cours au sein d’Interbev pour «avoir un peu plus de transparence» sur le segment du haché, rappelle Guy Hermouet. «Aujourd’hui, la transformation absorbe 70 % de la carcasse, on ne peut pas avoir le même comportement qu’il y a quelques années, quand seulement 30 % étaient transformés», martèle-t-il.
Lancée pendant les États généraux de l’alimentation, cette démarche «tournait en rond depuis longtemps», déplore-t-il. Les déséquilibres nés de la crise sanitaire pourraient la relancer. La prépondérance du haché n’est pas la seule explication de la faiblesse des prix payés aux éleveurs. «Des opérateurs proposent des animaux à n’importe quel prix, du moment qu’ils partent des fermes», constate M. Hermouet. «Certaines organisations de producteurs ont parlé de 11 000, voire 18 000 animaux en stock, ajoute- t-il. Ces chiffres démentiels ont provoqué la panique.» D’après Interbev, ces chiffres comprennent le total des animaux présents dans les fermes par rapport à 2019. Ils reflètent un pic des naissances observé à l’automne 2018, mais ils comptabilisent aussi les animaux destinés à être vendus... sachant que la France «abat ou exporte en vif 14 000 animaux par semaine».

«Les exportations vers la Chine repartent»
Le surstock réel tournerait plutôt «autour de quelques milliers d’animaux au 1er avril», estime Guy Hermouet. Un niveau «résorbable» par l’export, en vif comme en viande. «Les exportations vers la Chine repartent», rapporte l’éleveur, après avoir été bloquées au début de l’année par l’immobilisation des containers. D’après Interbev, les expéditions totalisent «100 tonnes de viande en mars, avec des engagements de prix qui correspondent à ce qui était convenu avant le confinement».
Dans le meilleur des cas, les différents débouchés à l’export pourraient permettre de réduire le surplus dans les élevages à «environ 600 animaux supplémentaires par semaine», espère
M. Hermouet. Interbev prévoyait de communiquer des chiffres précis en début de semaine du 20 avril ;
des calculs réalisés par l’Institut de l’élevage (Idele) à partir des chiffres officiels de la base de données nationale de l’identification (BDNI). Une manière de clore la polémique, en espérant assainir le marché.

Didier Guillaume écarte la demande d’un prix minimum à la production


Le 16 avril, le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume a écarté la demande de la FNB, formulée le 29 mars d’instaurer «un prix minimum payé aux éleveurs à hauteur de notre coût de production» - soit un euro de plus au kilo - pendant l’état d’urgence sanitaire. «Des prix d’intervention où l’argent public viendrait entériner le déséquilibre, je ne pense que ce neserait pas une bonne mesure», a justifié Didier Guillaume lors d’une audition devant les députés de la commission des Affaires économiques. Le ministre a évoqué un entretien à venir avec le président de la FNB Bruno Dufayet.
Dans un communiqué le 15 avril, son syndicat avait appelé les éleveurs «à retenir, au maximum, leurs animaux en ferme», afin d’obtenir de meilleurs prix. «Si tous les éleveurs retiennent leur animaux dans les cours de ferme, ça fera forcément poser des questions aux abattoirs», a reconnu le ministre. «Aujourd’hui, il n’y a aucune raison acceptable que le prix payé à l’éleveur baisse, là, au moment où il y a une demande qui augmente», a-t-il lancé, en réponse à une question du député de la Creuse, Jean-Baptiste Moreau.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout {nom-site}.

Les plus lus

Les céréaliers redoutent «une pénurie d’engrais»
Agriculteur dans le Loiret et secrétaire général adjoint de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB), Cédric Benoist…
D’ici quelques semaines, Noriap devrait être en mesure de proposer un contrat à ses adhérents engagés dans des pratiques d’agriculture de régénération après avoir convaincu plusieurs de ses clients de participer à l’effort. 
Noriap dans les starting-blocks pour rémunérer les pratiques régénératives
La coopérative samarienne fait partie des entreprises pionnières de l’amont à imaginer un système de rémunération qui récompense…
Chez Antoine Guilbaut, les vaches vieillissent bien. Ici, Dauphine, fille d’Oulou, quatorze ans en janvier, est pleine de son douzième veau. Son IVVV : 369 jours. 
Antoine Guilbaut a ses blondes dans la peau
Ses blondes d’Aquitaine, Antoine Guilbaut y passe un temps fou. Les efforts de l’éleveur de Boismont sont récompensés d’…
Plusieurs définitions de l’agriculture de régénération coexistent. Elle est le plus souvent recentrée sur des pratiques d’«amélioration du sol» en s’approchant du concept d’agriculture de conservation.
L’agriculture régénératrice, un concept tout-terrain
Dans le sillage de Danone, des industriels comme McCain, Nestlé, ou encore le fabricant de vêtements Patagonia, ont annoncé, ces…
Ferme des 1000 vaches : le Conseil d’État déboute les porteurs du projet
Les porteurs du projet de ferme communément appelée «Ferme des 1000 vaches» à Drucat, près d’Abbeville, sont condamnés à régler…
Pour ses premières vendanges, Martin Ebersbach a pu compter sur l’aide de sa famille et de ses amis. Reste tout le travail de vinification à réaliser.  Dégustation de la première coupe de vin effervescent bio d’Ailly-sur-Noye début 2023. 
Une première vendange au Vignoble des Vœux
Pour pouvoir s’installer à la ferme familiale des Vœux, à Ailly-sur-Noye, Martin Ebersbach a planté un vignoble pour y produire…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 9.90€/mois
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Action Agricole Picarde
Consultez les versions numériques de l'Action Agricole Picarde et du site, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de l'Action Agricole Picarde