Élevage laitier
Il ne se passerait plus de son exosquelette pour traire
À Illois (76), Dimitri Sinoquet endosse son exosquelette avant chaque traite, depuis que son employeur lui a acheté il y a un peu plus d’un an. Cet équipement soulage durablement son dos et ses épaules. Aujourd’hui, il ne pourrait «plus s’en passer». Témoignage.
À Illois (76), Dimitri Sinoquet endosse son exosquelette avant chaque traite, depuis que son employeur lui a acheté il y a un peu plus d’un an. Cet équipement soulage durablement son dos et ses épaules. Aujourd’hui, il ne pourrait «plus s’en passer». Témoignage.
«Le premier jour où tu l’essayes, tu te cognes partout. Le deuxième jour, tu t’y fais. Le troisième jour, tu ne peux plus t’en passer», assure Dimitri Sinoquet. Cet employé agricole, salarié de la SARL Villiers à Illois (76), trait chaque matin et chaque soir à l’aide de son exosquelette. En quelques secondes, celui-ci est enfilé, tel un sac à dos. «Il ne rend pas plus fort, mais il porte la charge à la place de mes bras et de mon dos. À la fin de la semaine, je n’ai plus de douleurs. Je peux couper du bois et même aller à la chasse le dimanche», rit-il. Lui qui a «les épaules en vrac», a conscience que l’exosquelette ne va pas améliorer sa santé, «mais il va la maintenir».
L’astreinte de la traite, pour ces 85 vaches dans une salle de 2x8 en double équipement, dure en moyenne 2h30 le matin et 1h30 le soir. Un robot pour s’en libérer n’était pas envisageable. «Nous produisons du fromage Neufchâtel AOP. Le cahier des charges impose le pâturage une bonne partie de l’année. Le parcellaire ne permet pas d’envisager le robot», explique Simon Villiers, l’éleveur. La machine n’était même pas imaginable pour Dimitri. «C’est le robot ou moi ! La traite est un moment important, pendant laquelle je peux voir les vaches une par une. J’y tiens», préviens le passionné. Pour préserver son salarié, Simon s’est donc intéressé à l’exosquelette, que commercialise Yséo (filiale élevage du groupe Noriap et de la laiterie Sodiaal).
«Nous proposons aux éleveurs d’essayer pendant une semaine le modèle Mate-XT, de Comau. C’est celui que nous avons jugé le plus adapté à la traite», présente Alexandre Froidure, chargé de mission matériel chez Yséo. Lui compare la sensation de l’utilisateur à celle d’un saut en trampoline, suivi d’un saut sur la terre ferme. «Le mouvement est fluide. Les articulations sont soulagées, mais les muscules continuent de travailler.» Ce modèle, léger (2,9 kg), sans moteur, réglable selon la morphologie, est entièrement lavable. La tension est ajustable : «Il y a huit vitesses. La plus forte convient au travail effectué à bout de bras, comme la taille de haie. Pour traire, on conseille la vitesse trois ou quatre.»
«L’adopter avant d’être boyé»
Alexandre Froidure commercialise une quinzaine d’exosquelettes par an, principalement dans les élevages équipés de salle de traite rotative. «La cadence est très élevée, et la contrainte physique assez élevée.» Il présente aussi l’équipement aux jeunes, notamment au centre de formation en élevage de Canappeville (27). «Il vaut mieux l’adopter avant d’être broyé.» Mais le frein est souvent son coût : 5 000 €. En plus d’une remise d’Yséo, des aides peuvent être accordées selon les départements. Dans la Somme, par exemple, la MSA propose une prise en charge partielle (30 %). En Seine-Maritime, son achat peut entrer dans le cadre du «soutien aux petits investissements matériels dans les élevages» du Département. Pour les Villiers, le calcul de la rentabilité est vite posé. Un salarié en or comme Dimitri se préserve.
Surélever la fosse pour soulager le trayeur
En complément de l’exosquelette, Yséo propose un fond de fosse antidérapant, pour surélever le trayeur et ainsi adapter la hauteur de traite à son gabari. L’objectif est d’éviter de se pencher excessivement pour accéder aux mamelles ou, à l’inverse, de lever les bras trop haut. «Une meilleure posture permet de limiter les contraintes sur le dos, les épaules et le cou, et de réduire les risques de troubles musculosquelettiques», explique Alexandre Froidure, chargé de mission matériel chez Yséo. Cette solution répond à une recommandation de la MSA : adapter la hauteur du quai à la taille du trayeur pour limiter les contraintes liées à la pose et à la dépose des faisceaux trayeurs. «Chez Yséo, on continue de proposer du matériel qui soulage le trayeur, car le robot de traite n’est pas installé dans tous les élevages.»