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Consommation
Pendant que les projets français de poulaillers sont contestés, les importations de poulet s’envolent

Alors que le projet de poulailler porté par Marion Bocquillon à Forest-Montiers suscite la contestation dans la Somme, un chiffre vient remettre le débat en perspective. Dans une chronique diffusée le jeudi 27 août matin sur RTL, le journaliste Olivier Dauvers soulignait que 52 % du poulet consommé en France provenait de l’étranger en 2025. Ils n’étaient que 24 % en 2000. Une situation qui pose, très concrètement, la question de la capacité de la France à produire ce qu’elle consomme.

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© Pexels

En France, jamais le poulet n’a occupé une place aussi importante dans les assiettes. Et pourtant, jamais ou presque le pays n’a autant dépendu de l’étranger pour nourrir cette consommation. Selon les données citées par Olivier Dauvers, journaliste et spécialiste de la consommation sur RTL le jeudi 27 août, 52 % du poulet consommé en France en 2025 était importé. En 2000, cette proportion atteignait seulement 24 %. En vingt-cinq ans, la part du poulet étranger a donc plus que doublé. 

Dans le même temps, la consommation française a explosé. Elle a encore progressé de 6 % l'an dernier, après une hausse équivalente en 2024. Sur vingt-cinq ans, les volumes consommés ont doublé.

Le paradoxe est donc particulièrement visible : les Français mangent de plus en plus de poulet, mais une part croissante de celui-ci est produite ailleurs.

Forest-Montiers, un débat local dans une problématique nationale

C’est précisément ce constat qui résonne avec l’actualité samarienne. À Forest-Montiers, le projet de poulailler de Marion Bocquillon fait l’objet d’une mobilisation hostile. Une pétition contre le projet a recueilli de nombreuses signatures et la FDSEA de la Somme a décidé de lancer une contre-pétition pour défendre la possibilité, pour les agriculteurs, de développer leur activité. Le débat local porte évidemment sur les caractéristiques propres au projet : son implantation, ses impacts potentiels, son dimensionnement ou encore les conditions dans lesquelles il doit être réalisé. Mais le chiffre rappelé par Olivier Dauvers pose une question plus large : si la France consomme davantage de poulet qu’elle n’en produit, où doit-elle produire le poulet supplémentaire ?

Car il n’existe finalement que deux réponses. Soit la France augmente sa production nationale, avec de nouveaux bâtiments et des élevages qui se développent. Soit elle laisse cette croissance de la consommation être couverte par des importations. Et dans ce deuxième cas, les bâtiments ne disparaissent pas pour autant. Ils sont simplement construits ailleurs.

« La France importe une viande qu’elle pourrait produire davantage »

Dans sa chronique, Olivier Dauvers pointe justement les difficultés rencontrées par les éleveurs qui souhaitent créer ou agrandir un élevage. Sans évoquer nommément le dossier picard, le journaliste évoque les oppositions locales et les contraintes réglementaires qui peuvent compliquer les projets, jusqu'à conduire certains porteurs de projets à renoncer. 

Le sujet est sensible. Il ne s’agit évidemment pas de considérer qu’un projet agricole doit être accepté sans débat ni contrôle. Un poulailler doit répondre aux règles environnementales, sanitaires et urbanistiques applicables. Il doit également prendre en compte les riverains et les éventuelles nuisances. Mais l’équation nationale mérite, elle aussi, d’être posée : peut-on simultanément vouloir davantage de souveraineté alimentaire, consommer toujours plus de poulet et refuser une partie des capacités de production nécessaires pour répondre à cette demande ? C’est là tout le paradoxe mis en lumière par les chiffres du ministère de l’Agriculture.

La Pologne, symbole de la concurrence européenne

Si le poulet importé gagne du terrain dans les assiettes françaises, ce n’est évidemment pas par hasard. Olivier Dauvers cite notamment la Pologne, devenue un acteur majeur du marché européen depuis son entrée dans l’Union européenne en 2004. Le coût de la main-d’œuvre constitue un élément de compétitivité. Mais il n’explique pas tout. La dimension des élevages et celle des outils industriels jouent également un rôle dans la capacité des producteurs polonais à proposer du poulet à des prix compétitifs.

C’est précisément l’un des points de tension du débat français sur l’élevage : produire davantage suppose des investissements, des bâtiments et des outils de transformation suffisamment compétitifs pour trouver leur place sur le marché.

Pendant ce temps, le consommateur français peut acheter un poulet à prix abordable sans nécessairement savoir qu’il a été élevé à plusieurs centaines, voire milliers, de kilomètres de chez lui.

Le vrai sujet : savoir ce que l’on met dans son assiette

L’autre problème est celui de l’information du consommateur. L’origine du poulet n’est pas toujours aussi lisible qu’elle devrait l’être. Certaines mentions, comme « origine UE », ne permettent pas nécessairement de savoir dans quel pays l’animal a été élevé.

Or, pour Olivier Dauvers, la question est également celle du choix du consommateur. Si celui-ci souhaite privilégier une viande française, encore faut-il qu’il puisse l’identifier facilement.

La loi d’urgence agricole adoptée cet été doit notamment renforcer la lisibilité de l’origine des viandes. L’objectif est de permettre au consommateur de savoir plus clairement ce qu’il achète, y compris lorsque la viande entre dans la composition de produits transformés.

Produire ici ou importer : le débat est posé

Le dossier de Forest-Montiers dépasse donc largement le seul cas de ce projet de poulailler.

Il ne s’agit pas de dire qu’un bâtiment supplémentaire dans la Somme permettra, à lui seul, de faire reculer les importations. Ce serait évidemment exagéré. Mais le projet s’inscrit dans une question beaucoup plus vaste : la France veut-elle continuer à augmenter sa consommation de poulet tout en acceptant que plus de la moitié de cette viande soit produite à l’étranger ?

Le chiffre de 52 % donne une autre dimension aux débats qui entourent aujourd’hui les projets avicoles.

Car derrière chaque poulet importé se trouve aussi une réalité agricole : un éleveur qui produit, un bâtiment, des emplois, de l’alimentation animale, un abattoir et une chaîne logistique. Lorsque cette production n’est pas réalisée en France, elle ne disparaît pas. Elle se déplace.

Et c’est peut-être l’une des questions que le débat de Forest-Montiers doit poser : jusqu’où la France peut-elle aller dans le refus ou le ralentissement de nouveaux projets agricoles tout en revendiquant une plus grande souveraineté alimentaire ?

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